L'oratoire du Mexique



En ce mardi froid et ensoleillé, sur les bords du cours Saint-Pierre, les portes de la Chapelle de l'Oratoire curieusement ouvertes (pour une fois) semblent nous inviter à entrer. C'est dans ce magnifique cadre que les organisateurs ont décidé d'installer une des nombreuses expositions photos du Festival.
Intitulé Mexique Extrême, cette exposition regroupe quatre artistes : Romualdo Garcia, Mariana Yampolsky, Nacho Lopez et Pablo Ortiz Monasterio. Ces photographes tentent chacun de témoigner du monde suivant leur propre sensibilité.
Leur point commun : une volonté de faire renaître le passé à travers la société mexicaine de la première moitié du siècle.
Ils expriment leur talent en montrant la face cachée d'un pays méconnu. Ce regard drôle ou terrible, burlesque ou tragique nous touche directement.
Nacho Lopez qui enseigne à l'université de Vera Cruz, auteur de films documentaires et publicitaires, nous promène par le biais d'un certain nombre de portraits à travers son univers. On commence par son premier cliché, où deux jeunes femmes assises sur les toits semblent le regarder de loin. Ensuite c'est tout un balai de danseuses de cabarets que l'on croise dans les coulisses. L'édenté ponctue cette série de clichés par son large sourire barré de son gros cigare. Un naïf dans ce drôle de monde ! Car la tragédie n'est jamais bien loin. On se retrouve vite sur les lieux de l'assassinat de Juana et, juste à côté, directement à la morgue.
La galerie de portrait de Romualdo Garcia est plus "posée". Les protagonistes semblent tous être de la même famille. Figés pour l'éternité dans leurs beaux habits du dimanche. Tout le monde y passe : le charpentier, le curé, le couple déguisé, le père avec sa fille, bref une belle et grande photo de première communion.
L'unique femme de cette exposition, elle, ne s'arrête pas uniquement aux sujets humains. Mariana Yampolsky élargit sa vision au décor. Même lorsqu'elle nous présente une mère et sa fille, elle intitule la photo "balai" comme si pour elle la vie en émanait. Les natures mortes semblent avoir dans ses représentations la même importance que les femmes ou les enfants. Malgré tout, elle dépeint au vitriol une société qui reste immuable.
Finalement, on a le regard directement attiré par les grandes fresques de Pablo Ortiz Monasterio situées dans la Sacristie. Dans cette nouvelle réflexion esthétique, l'artiste essaye de réhabiliter la photo face aux nouvelles technologies. Son souci est étayé par le fait qu'aujourd'hui l'image est modifiable à souhait. Il s'est donc tourné vers l'archéologie grâce à laquelle des objets broyés reprennent vie. C'est ce qu'il essaye de faire à travers ses audacieux collages.
Encore une fois, la Chapelle de l'Oratoire met en valeur des artistes qui ont quelque chose à exprimer.

Erwan et Samuel.


Les photos de l'expo



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