Têtu comme un Chinois.
  Jia Zhang-Ke sera peut-être un des lauréats des 3 Continents. Malgré la censure, le réalisateur chinois ne veut pas s'exiler à l'étranger. Au contraire. Il persiste et signe. Et continue à tourner dans l'Empire du Milieu.
 

Un petit bonhomme au coeur d’une Chine où la censure culturelle bat son plein. Voilà dans quelle atmosphère travaille Jia Zhang-Ke. Pourtant, son attachement au pays est total. Malgré un contrôle tatillon des autorités sur le 7e Art, le réalisateur prend le risque d'indisposer, de déplaire. Notamment avec Xia Wu, l'artisan pickpocket en français et Le quai.

L'obstination de Jia Zhang-ke arrivera-t-elle à lui faire décrocher la Montgolfière d'Or

Deux premiers longs métrages qu’il réalise clandestinement avec Wang Hongwei son ami et acteur fétiche. Il pourrait tourner à l’étranger. Et ainsi se détacher de la censure rouge. Mais ce Pékinois cultive ses racines. Avec la volonté de produire des films pour la Chine. Car "il est plus urgent de parler du pays avant d’aller voir ailleurs". Et de sortir le cinéma chinois du bourbier où il est en train de s'enfoncer. Sorte de prêcheur de la bonne parole, qui défend sa cause avec un manque d'expression flagrant. Homme statique, même pas révolté. Croit-il vraiment à son propre discours ? C'est son interprète qui parle à sa place.
Il revient pourtant sur les "blocages des autorités, encore et toujours" qui empêchent les films de se tourner. Des brimades administratives qu'il dénonce à tout va dans chacune de ses interviews.

 

Qu'attend-il pour partir ? "Pas pour l’instant, impossible", rétorque-t-il, sans plus d'explications. Il jette quelques coups d'œil vers la caméra, attend une nouvelle question. À l'évocation de ses influences, pour la première fois il sourit : Fellini, Robert Bresson et Vittorio De Sica. Juste cités, sans autre explication. Arrive alors comme un cheveu sur la soupe son passage au département littérature de l’Académie du film de Pékin. Là non plus, on n'en saura pas plus. Il enchaîne les bouts de phrases sans lien.
Brouillon dans ses réponses même en chinois, Jia Zhang-Ke se fait aider par Yu Lik-Wai. Le précieux interprète, le directeur de la photographie, l'ami. C'est lui qui monopolise l'attention.. La conversion finit par s'orienter sur le film en compétition au festival, Le garçon et le soldat, de Mir Karimi. Zhang-Ke évoque "un grand humanisme", le même qu'il retrouve dans ses films. Mais le réalisateur n’en dit pas plus. Il s'arrête de parler. Pour reprendre d'une seule traite sur les problèmes qu'il rencontre. Et c'est la censure, encore et toujours. Celle qui interdit la diffusion de toute production cinématographique au pays. Celle qui impose aux cinéastes le travail clandestin. Des festivals comme les 3 Continents sont la seule opportunité, pour des réalisateurs comme Zhang-Ke, de faire sortir leurs films du silence. En Chine, on ne vit pas du cinéma. Pour vivre, il faut savoir délaisser la caméra. Zhang-Ke a opté pour la plume. Il écrit, seule possibilité d'arrondir ses fins de mois.
Mais l'artiste persiste. En août 2001, il débutera la réalisation de son prochain film. L'histoire de la vie d’une entreprise privée en pleine province. Toujours en Chine. Conscient qu'il ne parviendra peut-être jamais jusqu'au public chinois.

Virginie Rapin